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Exclu : un inédit de Fakear pour les 5 ans de Nowadays

Publié lepar Ghislain Chantepie
Le V de la victoire pour Fakear et La Fine Equipe | DR
Le V de la victoire pour Fakear et La Fine Equipe | DR ©Autre

Le label électronique français fête son anniversaire avec une nouvelle compilation et dévoile "Mana", un titre inédit de Fakear.

En l'espace de cinq ans, quelque chose a bougé dans le petit monde de la musique électronique. Autour d’une poignée de collectifs et de jeunes labels, une nouvelle vague de beatmakers a émergé collant aux basques des Flume, Kaytranada et autre Cashemere Cat. Dans l'Hexagone, le label Nowadays a été l’un des premiers à prendre le virage de cette scène « future beat » à la croisée de la house, du hip hop et de la bass-music et d'où ont émergé Superpoze, FKJ, ou encore Fakear. Regard dans le rétro avec Ugo De Angelis, confondateur du label parisien et membre du collectif La Fine Equipe.

Nowadays et La Fine Equipe ont une histoire commune, comment l’aventure d’un groupe de musique devient-elle celle d’un label ?

Au début, on était un collectif de quatre DJs et on a donc toujours eu un esprit de groupe assez fort. En venant du hip hop, on avait aussi tous cette culture du sample, d’aller chercher des sons et des musiques différentes. On avait commencé par la radio, avec des émissions où l’on a invité des artistes que l'on apprécie. Ensuite, on a lancé nos compilations La Boulangerie, toujours dans cette idée d’aller plus loin, de promouvoir des musiques différentes de nos propres productions, et ça a débouché au final sur la création de Nowadays.

Que va-t-on trouver sur cette compilation anniversaire  ?

Nowadays V,  c’est 12 titres inédits avec en plus 13 titres coup de cœur qui ont marqué l’histoire du label. L’idée était de faire une grosse fête autour de nos 5 ans, et ça a servi de prétexte pour sortir de nouveaux morceaux avec des collaborations entre nos artistes. On sort la compilation en double LP et on la sort même en version K7 ! Cette idée nous plaisait bien, nous qui sommes de la génération intermédiaire ayant connu la radio et le DJing.

En 2013 sortaient les premiers albums de Disclosure, de Daniel Avery ou encore le dernier Daft Punk. Quel est votre souvenir musical de cette époque ?

Je me souviens bien de Disclosure que l’on jouait d’ailleurs dans nos soirées. Nowadays, c’était l’idée de l’instant présent mais on avait aussi envie de faire un truc assez intemporel, qui puisse ne pas être lié à une époque particulière. La scène beatmaking commençait à émerger il y a cinq ans, avec des artistes qui font de la musique électronique mais sans venir forcément de la house, de la techno ou même du rap. C’était le début de l’âge d’or de cette musique instrumentale, qui existait depuis un moment mais qui devenait alors vraiment populaire. Madlib, Jay Dilla ou Flying Lotus avaient ouvert la voie et en France, ça commençait alors avec des artistes comme Fakear et Superpoze par exemple.

On a souvent parlé de « future beat » pour désigner bon nombre d’artistes de votre catalogue… Que recouvre cette appellation aujourd’hui ?

« Future Beat », c’était la chose excitante du moment et c’était en fait très lié à l’avènement de la plateforme Soundcloud où tout le monde a commencé à publier ses productions. Avec La Fine Equipe, on avait même commencé avant avec Myspace, mais c’était encore assez discret à l'époque. Avec Soundcloud, une grosse vague est vraiment arrivée avec un style dérivé de choses qui existaient déjà, mais avec des façons nouvelles de l’exprimer. Et cette nouvelle vague de musique électronique est devenue populaire très rapidement. On a été nous-même impressionnés par le succès de Fakear, avec cette musique vraiment nouvelle qui ne passait pas à l’époque à la radio.

Vous réunissez principalement des beatmakers dans votre catalogue, qu’est ce qui a changé depuis l’époque de DJ Shadow ou Krush dans la façon de fabriquer cette musique?

Le grand changement, c’est clairement l’évolution technologique et la manière de promouvoir la musique. Les beatmakers d’il y a 20 ans avaient des outils qui leur permettaient de faire un certain type de son et d’aller plus ou moins loin dans leur production. Et pour la promotion, les anciens moyens pour distribuer la musique avec un label qui te donne la chance d’enregistrer, d’éditer ton disque, de le faire connaitre. Aujourd’hui, tout le monde peut produire du son, le partager, et le mettre à disposition. Il y a eu un mouvement de démocratisation très puissant qui a touché plein de jeunes, qui ont pu travailler et échanger entre eux dans le monde entier. Même le concept de scène a plus ou moins disparu, et il est difficile aujourd’hui de dire qu’il y a un son anglais ou américain dans ce type de musique.

Les artistes de Nowadays sont ceux de la génération streaming, où les écoutes en ligne sont plus importantes que les ventes de disques. Quelle influence a eu cette évolution dans la production ?

Ça influence forcément, notamment dans les formats qui ont changé complètement. La notion d’album est bien différente aujourd’hui, et ce n’est pas une idée systématique chez la jeune génération qui fonctionne beaucoup plus avec les simples. Il y a aussi la temporalité notre époque qui veut ça : le fait de pouvoir aujourd’hui publier un son en ligne immédiatement après l’avoir produit pousse les jeunes producteurs à l’instantanéité. Il ont à leur disposition plein d’outils géniaux pour communiquer et inévitablement, il y a aussi des effets pervers. On leur conseille du coup de se détacher du nombre de lectures immédiates sur les plateformes, de ne pas être trop dans l’urgence ou dans l’éphémère.

Fakear fut la première signature de l’aventure Nowadays, quel est votre regard sur cet artiste aujourd’hui ?

Ça a été un vrai alignement des planètes avec Fakear, le fait de le rencontrer et de sortir ses projets a été un vrai boost pour nous. Il nous a aussi permis d’être mis en avant sur plein d’autres projets. Je trouve que ce nouveau titre *Mana * le représente bien, sans être forcément le cliché des titres qui l’ont fait le plus connaitre. C’est aussi ça qui nous intéressait dans ce morceau, il a un côté très deep et c’est en même temps le bon mélange entre ce qu’il a fait jusqu’à présent et ce qu’il pourrait faire à l’avenir.

Clément Bazin s’est fait remarquer en associant le steeldrum à la house. Les instruments traditionnels ont-ils une plus grande place à jouer dans la musique électronique ?

On a fait le chemin de la découverte de la musique électronique avec des pionniers qui se sont emparés des outils, en rejetant initialement les instruments traditionnels presque en réaction au passé. J’ai eu personnellement cette sensation avec le scratch à nos débuts, en pensant que ça allait remplacer les guitares. Naturellement, ça ne s’est pas passé comme ça et le scratch s’est ajouté au reste sans rien remplacer. Aujourd’hui, on a, je pense, la maturité pour réunir tous les instruments et l’expression « musiques électroniques » va peut-être s’effacer progressivement. C’était pareil avec les synthés au début alors que n’importe quel groupe de pop classique a un synthétiseur sur scène aujourd’hui. Beaucoup de musiciens électroniques reviennent aujourd’hui aux sources analogiques, et Daft Punk en est l’un des exemples les plus connus avec leur dernier album Random Access Memory.

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"Nowadays V", compilation anniversaire, est attendu le 30 novembre sur le label du même nom.