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Exclu : « Méridiens », le nouvel album de Chapelier Fou

Publié lepar Ghislain Chantepie
Louis Warynski alias Chapelier Fou | Photo : Romain Gamba
Louis Warynski alias Chapelier Fou | Photo : Romain Gamba

Le multi-instrumentiste dévoile un périple intemporel entre musiques classiques et électroniques, à découvrir en écoute intégrale.

Louis Warynski alias Chapelier Fou est un artiste, un vrai. Un de ceux qui cherchent, qui tentent, qui expérimentent. Voilà maintenant 10 ans et quatre albums que ce natif de Metz bouscule régulièrement notre ouïe, apportant sa pierre au syncrétisme captivant des musiques classiques et électroniques. Un multi-instrumentiste mutant, adepte du violon comme du séquenceur et qu’on ne serait en effet pas surpris de croiser au détour de l’univers surréaliste du conte de Lewis Carroll.

Muance, son dernier album en date, avait déjà marqué par sa grande beauté et sa composition multi-facettes. Deux ans après la sortie de ce chef d’œuvre, Chapelier Fou publie aujourd’hui une suite mystérieuse, un Méridiens synonyme de promesses d’ailleurs et qui appelle à se découvrir les yeux fermés, à l’instar d’un nouveau fil d’Ariane.

Premier simple dévoilé de ce nouvel album, Le Triangle des Bermudes réveillait déjà la griffe féérique du producteur, cette adresse rare à mêler les cordes et les séquenceurs pour dessiner une partition aux frontières de la fiction et du réel. Une chute abyssale où les différents instruments semblent progressivement se déformer sous la pression, prenant finalement une autre forme et prodiguant d’autres sons. Ces métamorphoses ingénieuses, on les retrouve désormais tout au long des différents chapitres de Méridiens où chaque titre prend la forme d’un véritable carnet de voyage.

Ne soyez donc pas effrayé par cette Austère Nuit D'Uqbar qui ouvre le disque en plongeant ses cordes dans les entrailles du complot borgien, elle constitue une porte mentale nécessaire pour pénétrer le nouvel atlas dessiné par Chapelier Fou. On y laisse à son seuil ses repères et ses certitudes contemporaines avant de sauter dans un étrange Orient-express direction Constantinople, un titre où la traction d’un cheval-vapeur propulse un groove antique émaillé de graffitis techno. Plus loin, c’est dans sa Lorraine natale que Warynski a trouvé l’inspiration de son Cattenom Drones, un bourdonnement entêtant où le chant de machines devenues insectes se fait de plus en plus prégnant. 

Ces preuves d’une vie naissante au creux des séquenceurs se découvrent jusque dans Asteroid Refuge, une tentative stellaire aux nappes exogènes et qui prend bientôt la forme d’un pulsar incontrôlable. Sur les berges boisées de Am Schlachtensee pourtant, le conte de fée reprend ses droits emmené par de longs violons et des pirouettes electronica espiègles, et jusqu’au battement d’un cœur mutant dans le joli crépuscule de Méridien du Péricarde. Malgré sa densité, le planisphère cérébral de Chapelier Fou ne s’achèvera pas avec ce nouvel album. Un double existe déjà, intitulé inévitablement Parallèles, et qui offrira lors de sa sortie prochaine d’autres visions et d’autres frontières à ces poésies sonores. L’aventure ne fait que commencer.

"Méridiens", nouvel album de Chapelier Fou, sort le 28 février 2020 sur le label Ici d'ailleurs.