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Exclu : « Malek Ya Zahri », le raï bionique d’Acid Arab

Publié lepar Ghislain Chantepie
Les 5 d'Acid Arab | Frank Loriou
Les 5 d'Acid Arab | Frank Loriou

Le collectif franco-algérien dévoile une songerie futuriste issue de son nouvel album « Jdid ».

En langue arabe, Jdid signifie « nouveau » au sens de neuf, mais aussi d’original jusqu’à parfois même être synonyme de « cool ». Un titre qui semble taillé sur mesure pour le second album bondissant d’Acid Arab, ce duo de djs devenu collectif au fil des tournées et qui a popularisé dans l’Hexagone la rencontre entre musiques électroniques et orientales. Si ce syncrétisme hardi ne date pas d’hier (Byrne et Eno s’y frottaient dès les années 80), Acid Arab a creusé en France en quelques années un sillon dans lequel se sont engouffrés depuis nombre de producteurs et de musiciens. Avant la sortie de leur nouveau disque en octobre prochain, rencontre éclairante avec l’un des cofondateurs du groupe Guido Minisky.

Quelle est l’histoire de Malek Ya Zahri, le nouveau morceau que vous dévoilez aujourd’hui ?

Une des inspirations majeures de cet album, c’est l’Algérie en général et le raï en particulier. On voulait donc vraiment réaliser un titre de raï tendance années 80, à la Cheb Mami mais modernisé. C’est dans cette optique que ce morceau a été creusé, développé avec Kenzi Bourras et Sofiane Saidi - qui finalement n’a pas chanté dessus. Kenzi a alors eu l’idée de proposer à cette chanteuse, Cheikha Hadjla d’être la voix magnifique du titre. La première moitié de notre album est vraiment d’inspiration algérienne, et ça part ensuite un peu dans tous les sens. Mais Malek Ya Zahri conclut le disque, car c’est un titre qui dénote un peu avec le reste et qui est aussi une ouverture vers d’autres horizons.

Acid Arab s’assume aujourd’hui comme un véritable groupe, un collectif qui compte cinq membres à part entière. Quelle conséquence a ce changement d’échelle sur votre composition ?

La différence majeure, c’est l’arrivée officielle de Kenzi Bourras dans le groupe. Kenzi était notre clavier sur la première tournée et après deux années sur la route ensemble, c’est devenu complètement naturel qu’il intègre Acid Arab. Il avait déjà participé à plusieurs morceaux sur Musiques de France (nda : le premier album du groupe publié en 2016) mais il était alors presque un invité. Désormais, il fait vraiment partie du groupe et est présent sur quasiment tous les titres du nouveau disque. C’est aussi lui qui est allé trouver nos trois chanteuses algériennes, chacune d’entre elles était un contact à lui, y compris Cheikha Hadjla. Mais notre formule n’a sinon pas vraiment changé, avec beaucoup d’invités et toujours aucun sample.

Les gens s'intéressent non pas à ce qu’on amène d’arabe dans la techno mais justement à ce qu’on apporte de techno à la musique arabe

Vous avez beaucoup tourné ces dernières années, et notamment dans des pays méditerranéens qui inspirent votre musique. Comment est reçue là-bas la musique d’Acid Arab ?

Ce qui a pu changer depuis nos débuts, c’est la notoriété qui s’accroit un peu. Généralement, on a toujours un accueil au minimum sympathique, et le retour est le plus souvent très cool. Ce qui ne varie pas lorsqu’on joue dans ces pays, c'est que les gens s'intéressent non pas à ce qu’on amène d’arabe dans la techno mais justement à ce qu’on apporte de techno à la musique arabe. Et ça change tout, car leur façon d’écouter notre musique est très différente de la façon dont le public occidental la reçoit. On n’a jamais été confrontés à des gens qui pouvaient nous accuser de faire de l’appropriation culturelle avec notre son, et j’ose croire que les gens ont compris que nous avons une démarche extrêmement respectueuse sur ce point-. On a d’ailleurs pu faire des erreurs au début du projet il y a 6 ou 7 ans, et petit à petit on a compris jusqu’à trouver la bonne formule.

La rencontre entre musiques électroniques et orientales est devenue une vraie mode ces dernières années, et de nombreux groupes ont pris ce sillon que vous avez popularisé en France. Y a-t-il un risque de galvaudage selon vous ?

Bien sûr, et j’y pense assez souvent à titre personnel. La saturation est un risque car il y a énormément de choses sur ce créneau, pas forcément de producteurs ou de musiciens mais aussi de DJs ou par le biais de soirées thématiques. Il y a aussi beaucoup de mixes qui sortent avec cette thématique, et j’espère que les Occidentaux et les quelques non-Occidentaux qui y travaillent vont réussir à ne pas galvauder la chose, au risque de perdre l’identité magique de cette musique. Et de la richesse qu’elle propose également, car il y a un nombre infini de choses là-dedans qui nous dépassent complètement en terme de beat, et d’écriture. Mais aussi dans le rapport au Maghreb que les gens ont avec la musique et qui passe par les paroles.-bas, on ne parle pas de chanteurs ou de paroliers, mais de poètes.

Il y a aussi une dimension sacrée dans une large partie des musiques traditionnelles arabes, comment intégrez-vous cet aspect dans votre production ?

On n’a pas nous-mêmes grandi avec la religion en arrière-plan, même Kenzi qui a grandi en Algérie mais qui s’en est vite affranchi. Mais on a perçu cette dimension très tôt, par exemple lorsqu’une personne est venue nous dire, alors qu’on passait un titre lors de l’une de nos soirées, que ce morceau comportait un appel à la prière et qu’on ne devrait pas le jouer. Et ce n’était pas un fanatique qui nous disait cela, mais simplement quelqu’un qui ressentait cet aspect culturel, et on a alors bien ressenti cette dimension-.

On retrouve Sofiane Saidi sur ce nouveau disque, mais aussi d’autres invités comme le Tunisien Ammar 808. Comment avez-vous rencontré ce producteur ?

L’album d’Ammar 808 est l’un des disques les plus incroyables que l’on a entendus ces dernières années. On pensait qu’il sortait de nulle part mais on a réalisé ensuite qu’on aimait déjà ses productions passées sous d’autres pseudos. Je suis allé le voir à Bruxelles pour lui proposer de faire un titre de l’album et il s’est montré très intéressé par l’idée. On peut donc dire qu’on l'a choisi par fanatisme, dans le sens où on est très fans de son travail (rires).

En concert : 07 décembre aux Trans Musicales de Rennes, 31 janvier à L'Elysée Montmartre (Paris)