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« Entropy », le désordre méthodique d’Asta Hiroki

Publié lepar Ghislain Chantepie
Asta Hiroki | Jalapeno Records
Asta Hiroki | Jalapeno Records

Le producteur anglais dévoile un premier album d’electronica habitée, à découvrir en écoute intégrale.

Voilà bien un disque forgé pour nos temps confinés. Tandis que ce printemps est de nouveau synonyme de cantonnement, le premier album du Britannique Asta Hiroki s’annonce comme un baume précieux à tout amateur d’écoutes en intérieur. Car Entropy, qu’il dévoile ce mois-ci, semble comme exiger le silence avant de se laisser découvrir. Cette condition fait ainsi office de prérequis pour percer les mille bruissements qu’a assemblés ce producteur électronique de Brighton dans la dizaine de compositions qui sculptent aujourd’hui sa nouvelle création.

De l’ordre au désordre, l’entropie est la mesure de cette direction universelle qui fait office de flèche du temps depuis l’avènement de la théorie du Big Bang. A la petite échelle de notre monde terrestre, ce phénomène inéluctable est apparu ces dernières années telle une évidence à Asta Hiroki qui a constaté la montée des eaux comme celle des fake news, la disparité grandissante des richesses comme la désorganisation planétaire née de la pandémie. L’artiste, alors, a inspiré ses dernières productions de ce vertige dispersif, mêlant electronica et instrumentations live dans une matrice habitée et très esthétique.

En témoigne son morceau d’ouverture, Dhalias, qui évoque autant les pérégrinations organiques d’un Bibio que les hululements dans le lointain d’un fantôme de Thom Yorke. L’esprit de la scène électronique la plus cérébrale n’est d’ailleurs jamais très loin des textures retenues par le Britannique, de Prefuse 73 aux trajectoires passionnantes d’un Flying Lotus et de ses comparses du label Brainfeeder. Dans l’obscurité d’une batterie jazz pilotée par Robbie Hookins, Cherry Blossom introduit ensuite des instrumentations live qui souvent questionnent autant qu’elles renforcent le fil rouge ambient et mélancolique du disque.

Plus loin, en invitant la chanteuse montréalaise Stéphanie Essiambre alias Dontmesswithjuan au micro, Asta Hiroki s’aventure sur Slumber dans un trip-hop plus cotonneux, une berceuse lo-fi où la production se fait davantage feutrée. Les morceaux chantés d’Entropy sont d’ailleurs l’occasion pour le producteur de gagner en variété dans sa composition, allant jusqu’à flirter avec la soul sur Between Love and Happiness ou dans une pop downtempo et, en partie, orchestrale avec la voix de Lalin St. Juste sur Left Behind. N’oubliez pas de fermer les yeux.

"Entropy", le premier album d'Asta Hiroki, est attendu le 16 avril sur le label Jalapeno.