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En écoute : les chakras cosmiques d’Ammar 808

Publié lepar Ghislain Chantepie
Ammar 808 (Sia Rosenberg / Glitterbeat)
Ammar 808 (Sia Rosenberg / Glitterbeat)

Le producteur tunisien voue ses machines au panthéon hindou dans "Global Control / Invisible Invasion", un nouvel album à découvrir en écoute intégrale.

808, le nombre magique. Celui, bien sûr, de la mythique boîte à rythmes imaginée par Roland au début des années 80 et qui a projeté à cette époque la musique des machines dans son âge d’or électronique. C’est au travers de cet hommage explicite aux racines de la techno que le Tunisien Sofyann Ben Youssef avait choisi de baptiser il y a deux ans son nouveau projet solo Ammar 808. Armé de ces glorieux transistors du passé – mais toujours prisés aujourd’hui -, cet ancien du collectif Bargou 08 entendait ainsi dessiner un futur quasiment dystopique à la riche tradition des musiques nord-africaines.

Quasiment seulement, car si la radicalité de la science-fiction la plus cyber transpirait bien de son premier album, Ammar 808 ne manque pas non plus d’optimisme dans sa quête d’une fusion mentale et temporelle. Pour mener à bien son projet, le producteur puisait ainsi au cœur du patrimoine musical arabe, tant sur le plan instrumental que sur celui des voix invitées avec le Marocain Mehdi Nassouli, le Tunisien Cheb Hassen Tej et l’Algérien Sofiane Saïdi, représentants impeccables de ce « Maghreb United ».

Très respecté dans le petit milieu du crossover électro-oriental, Ben Youssef est apparu ces derniers mois au détour d’autres projets, étoffant notamment un titre ensorcelant du dernier album d’Acid Arab. Surtout, le Tunisien préparait déjà la suite autour d'un nouveau périple musical, un second long-format intitulé Global Control / Invisible Invasion publié en cette fin septembre sur le label Glitterbeat. Une nouvelle étape en forme de changement de décor, bien loin des côtes méditerranéennes, puisque le producteur fait escale cette fois-ci dans le golfe du Bengale pour n’y chercher rien de moins que l’inspiration du panthéon hindou.

Relecture psyché du titre traditionnel indien Marivere Gati, le premier extrait dévoilé en juin se voulait ainsi une ode à la déesse Mînâkshî auquel un temple fabuleux est consacré dans la vieille ville de Madurai. Musique ancestrale du sud de l’Inde, l’immense héritage carnatique y est exploré par Ammar 808 qui transfigure sur ce titre la voix magnétique de la chanteuse Susha pour donner vie à ses fulgurances syncopées. 

Les rythmes mutants sont partout sur ce nouveau projet, des basses ensorcelantes d’un Ey paavi jusqu’aux ghaïtas trépignantes importées sur ce Duryodhana qui vire rapidement à la transe. Partout aussi, des voix indiennes invitées par Ben Youssef à le rejoindre comme celle de Susha que l’on retrouve enrobée sur le planant Geeta duniki, ou au centre du dancefloor ethnique de Pahi jagajjanani qui prend la forme d’un refrain techno tourbillonnant. 

Mais aussi d’autres chanteurs et d'autres musiciens totalement inconnus sous nos latitudes, et qu’Ammar 808 a rencontrés à Madurai jusqu’à les intégrer à son odyssée carnatique. Au fil de ces huit compositions, on plonge finalement dans les abysses d’une musique profonde mêlant le rituel à l’acide, une narcose vertigineuse menée de main de maître par le producteur tunisien. Sidérant.

« Global Control / Invisible Invasion », nouvel album d'Ammar 808, est disponible via le label Glitterbeat.