Menu
Écouter le direct

"Embrace" ou les frères d’armes d’Agoria

Publié lepar Ghislain Chantepie

Le producteur lyonnais annonce son nouvel album avec un premier clip inspiré de la guerre civile libanaise.

Beyrouth, ses plages et son front de mer éventré. C’est dans ce souvenir irréel de la capitale libanaise en guerre que le compositeur électronique Agoria a choisi de planter le décor de son nouveau clip. Là où la mémoire d’Ari Foleman s’était perdue dans le superbe Valse avec Bachir, le producteur lyonnais a choisi de mettre en images Embrace, le premier simple d’un nouveau disque annoncé pour mars prochain. Porté par la voix chaleureuse de la chanteuse australienne Phoebe Killdeer, le titre lui-même s’appuie sur une pop néo-soul et assez minimale, où la techno se fait discrète.

Mais à l'écran, le morceau prend une toute autre dimension avec un clip taillé dans les souvenirs d’enfance de Jessy Moussallem, sa jeune réalisatrice libanaise. On ne saura pas, volontairement, d’où viennent les soldats qui sont ici représentés. Quelle que soit la milice ou l’armée, la troupe reste anonyme à l’écran comme pour montrer que les mêmes mécanismes sont à l’œuvre dans l’aguerrissement des soldats et ce, quel que soit leur drapeau.

Embrace Agoria
Embrace Agoria ©Autre

Le clip d’Embrace se veut pourtant magistral, intense, et tente de susciter l’émotion. Des plans larges sur l’horizon se mêlent ainsi aux coursives d’immeubles ravagés, avec le vert camouflage des treillis comme seul fil rouge. Le réalisme saisissant des clips de The Blaze semble être passé par là, au point de flirter ici avec une forme d’esthétisation de la camaraderie militaire. Le parfum de la guerre et celui des vacances à la mer semblent ainsi se mêler dans ce tableau bipolaire, où un jeune soldat ne trouve d’autre ennemi, à la pointe de son fusil, qu’un horizon radieux.

Et on ne trouvera pas non plus une seule goutte de sang dans ce flash-back de l’une des plus cruelles guerres civiles du Levant. Au contraire, la beauté du clip de Jessy Moussallem semble être celle d’une humanité en péril, vestige increvable de notre espèce qui tente encore et toujours de transpirer au travers du masque froid des soldats. Et que l’aguerrissement féroce et le maniement des armes a pour seul but de liquider.

 ©
© ©Autre

"Drift", nouvel album d’Agoria, est attendu en mars prochain sur le label Sapiens.