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Bruce Brubaker et Max Cooper dans les vertiges de Philip Glass

Publié lepar Ghislain Chantepie
Max Cooper et Bruce Brubaker (Julien Bourgeois)
Max Cooper et Bruce Brubaker (Julien Bourgeois)

Le pianiste et l’électronicien unissent leurs forces pour faire muter l’œuvre colossale du compositeur contemporain.

Philip Glass, encore et toujours. L’obsession de Bruce Brubaker pour ce géant de la musique minimaliste n’est pas nouvelle. Il y a cinq ans de cela, le pianiste américain s’était déjà frotté à une partie de son œuvre colossale au travers d’une relecture personnelle, un album original à la croisée de l’hommage et du remix sobrement baptisé Glass Piano.

Brubaker n'est certes pas un inconnu. Pianiste capé de l'illustre Juilliard School new-yorkaise, éminent spécialiste de John Cage, il fut aussi le professeur de Francesco Tristano, ce virtuose du crossover électro-classique qui a ouvert à son ancien maître la porte du label Infiné. C’est au sein de cette petite maison parisienne qui compte également Rone dans ses rangs qu’avait ainsi été couvé ce disque de piano méticuleux. C’est encore ce label qui, aujourd’hui, s’apprête à dévoiler avec Glassforms la nouvelle approche de l’Américain pour tenter de percer les mystères de l’œuvre glassienne.

Plutôt qu’une simple relecture, Bruce Brubaker aspire cette fois-ci à un véritable travail de mutation des longues compositions de Philip Glass. Il fallait donc un autre regard que celui du disciple pour y parvenir, d’où cette union audacieuse sur ce nouveau projet avec le cérébral Max Cooper. Héritier le plus en vue de l’IDM d’antan, ce geek nord-irlandais est ainsi réputé pour son approche immersive qu’il développe d'ordinaire dans une electronica à donner le tournis.

Ensemble, Brubaker et Cooper ont donc imaginé un procédé inédit pour conjuguer l’interprétation pianistique du répertoire original à l’improvisation des synthés et des machines. Dans une sorte de cercle vertueux mais non dénué de risque, chaque musicien influence l’autre en temps réel par ses apports successifs jusqu’à conduire à une mutation profonde des figures répétitives originales. 

Premier extrait dévoilé de cet excitant projet, Two Pages propose ainsi de transfigurer la pièce du même nom publiée par Glass en 1968. Et il s'agit là d'un monument cinquantenaire de la musique minimaliste, forgé dans les fréquences obsédantes d’un orgue électronique et qui s’étire initialement sur près de 20 minutes. 

Dans leur nouvelle version, Glass et Cooper ont laissé s’instiller une matière organique, quasiment cellulaire, au creux des notes glacées de cette pièce hiératique. Craquements et autres murmures exogènes enrobent ainsi la partition avant de bientôt laisser la place à des vapeurs synthétiques, des dimensions en mouvement qui semblent surgir de l’œuvre originale, comme libérées par une nouvelle volonté.

"Glassforms", nouvel album de Bruce Brubaker et Max Cooper, est attendu le 05 juin 2020 sur le label Infiné