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Aux Trans Musicales, le groove sous acide

Publié lepar Ghislain Chantepie et Guillaume Schnee
Acid Arab le 08 décembre 2019 à Rennes | G. Chantepie
Acid Arab le 08 décembre 2019 à Rennes | G. Chantepie ©Radio France

Le festival breton a fermé ses portes hier soir dans une ambiance survoltée, emmenée par le raï bionique d'Acid Arab, la fusion psyché de Yin Yin et l’élégance soul de Joey Quinones.

Et d’un seul coup, quelque chose a changé aux Trans Musicales. Après un jeudi soir dominé par les voix, puis un sursaut version girl power le lendemain, l’ambiance est clairement montée d’un cran lors de la dernière soirée du festival rennais au Parc des expositions. De fait, les Trans affichaient complet pour leur bouquet final, offrant ainsi au plus grand nombre l'excitation de plonger dans l'inconnu d'une programmation d'artistes aux noms toujours plus étranges. 

Joey Quinones le 08 décembre à Rennes | G. Schnee
Joey Quinones le 08 décembre à Rennes | G. Schnee ©Radio France

Première révélation de cette soirée, le chanteur et multi-instrumentiste new-Yorkais Joey Quinones plaçait déjà la barre très haut au hall 08 avec son groove classieux directement emprunté aux grandes étoiles soul, rhythm & blues et doo-wop des sixties. Un show d'une rare élégance, sublimé par le groupe Thee Sinseers et maîtrisé par ce chanteur à la voix de velours séduisant les chœurs les plus durs (le Godfather of Soul James Brown n'était pas loin). 

Encore rêveurs, il fallait alors filer au hall 03 pour une autre aventure, rock et psychédélique cette fois-ci. Si l'esprit des années 60 et 70 était encore de mise, le combo néerlandais Yīn Yīn embarquait alors une salle trop petite pour eux dans leur imaginaire thaïchedelic. Inspirés par l'âge d'or du rock et du funk de Saïgon ou Bangkok, les musiciens voyageurs, d’abord assez sages, ont finalement libéré sur la fin toute l'énergie de leur fusion universelle où le groove disco côtoie le rock électrique des rives du Mékong et du Bosphore, les beats électroniques et les mélodies hallucinatoires. Le public déjà en surchauffe était alors prêt à accueillir le sextuor San Salvador. Un nouveau tour de magie de Jean-Louis Brossard et de son équipe, réussir à enchaîner du rock psyché-funk avec la transe polyphonique de ce jeune ensemble originaire de Corrèze qui a emporté les festivaliers dans une ferveur fraternelle.

Yin Yin le 08 décembre 2019 à Rennes | G. Chantepie
Yin Yin le 08 décembre 2019 à Rennes | G. Chantepie ©Radio France

Au même instant, pourtant, se jouait dans l’immense hall 09 le point d’orgue de cette partie finale au Parc des expositions. Unique tête d’affiche avec Etienne Daho de cette 41e édition des Trans, l'ex-duo devenu collectif Acid Arab était déjà guetté par des milliers de festivaliers chauffés à blanc lorsque la petite bande franco-algérienne a pris les commandes de la grande scène pour y présenter son nouveau live. Dans une explosion de lumières vertes et blanches, Guido Minisky, Hervé Carvalho, et leur clavier Kenzi Bourras ont immédiatement fait passer le volume dans le rouge pour rentrer dans le vif de leur sujet, ce syncrétisme si hardi (lorsqu’il est réussi) des musiques électroniques et orientales. 

Acid Arab le 09 décembre à Rennes | G. Chantepie
Acid Arab le 09 décembre à Rennes | G. Chantepie ©Radio France

Flirtant entre raï bionique et dancefloor d’un bled futuriste, le trio s’est vu bientôt rejoindre par trois chanteuses touareg sur scène avant qu'un Sofiane Saidi bouillonnant ne s’empare du micro, cette figure du renouveau musical maghrébin et fidèle complice du groupe. De sa voix rauque et enfumée, le chanteur a littéralement embrasé le plus grand hall des Trans Musicales, se faisant chauffeur de salle jusqu’à la transformer en une rave immense et euphorique, un stade électronique aux couleurs de l’Algérie.

à réécouter
Gystere / Photo Benjamin Marius Petit