Roswell Rudd "Embrace"

- RareNoise records / DIFFER-ANT
Album jazz de la semaine
Embrace
Embrace - Roswell Rudd

A 81 ans, le tromboniste avant-gardiste s'attaque aux fondamentaux.

Toujours en pleine possession de son art, Roswell Rudd offre avec son nouvel album Embrace sorti le 17 novembre une musique d'héritage qui a la beauté et l'urgence de l'instant. Après Strength & Power sorti en 2016 (son 1er album chez RareNoise records), une session de pure improvisation avec le pianiste Jamie Saft, le bassiste Trevor Dunn et le batteur Balazs Pandi, le tromboniste honore les standards du jazz. Pas de batterie pour ce nouveau quartet, afin de mettre en avant l'ampleur harmonique de la chanteuse Fay Victor originaire de Trinidad et Tobago. 

De sa voix rauque Fay Victor interprète Goodbye Pork Pie Hat du géant de la contrebasse Charles Mingus, le traditionnel House of the rising sun, ou encore, le morceau de Thelonious Monk, Pannonica, écrit en hommage à la baronne Pannonica de Koenigswarter qui a aidé et soutenu tous les grands du jazz de Monk lui-même à Miles Davis, en passant par Mingus et Parker. Autour des thèmes, Fay Victor se lance dans l'exploration sonore avec des impros très personnelles qui vont parfois jusqu'aux gémissements, qui semblent imiter le trombone ou le saxophone. 

"Fay est un instrument, une personnalité, un esprit ... tout ça et bien plus encore"  Roswell Rudd

Fay Victor et Roswell Rudd au Falcon à N.Y. - Photo de Llene Cutler

Fay Victor et Roswell Rudd au Falcon à N.Y. - Photo de Llene Cutler

De ses compagnons de jeu, il n'est pas avare d'éloges : Kenny Filiano, est selon lui, un virtuose de la basse, en particulier de l'archet et Lafayette Harris, l'un des meilleurs pianistes avec qui il a joué. Non seulement il est en anticipation sur la musique mais tour à tour, merveilleusement dans l'instant et en retrait lorsqu'il le faut. 

Roswell Rudd, Fay Victor, Lafayette Harris, Ken Filiano

Roswell Rudd, Fay Victor, Lafayette Harris, Ken Filiano © rarenoiserecords.com

Roswell Rudd, né Roswell Hopkins Rudd, Jr dans le Connecticut, s'est tout d'abord plongé dans le style Dixieland ( un jazz joué par les musiciens blancs, qui s'apparente au New Orleans) avant d'opter pour un jazz plus avant-gardiste. Il est un des inventeurs du free jazz des années 60 et passe de nombreuses nuits agitées dans les clubs de New-York avec notamment Cecil Taylor, Archie Shepp, John Tcicai, Don Cherry. Il est aussi un ethnomusicologue averti.  

Roswell Rudd - Photo de llene Cutler

Roswell Rudd - Photo de llene Cutler

On se souvient de ses participations en 1971, au projet grandiose Esca­lator over the hill, de Carla Bley et Paul Haines et au Liberation Music Orchestra de Charlie ­Haden. On se souvient aussi de l'album Going home sorti en 1977 où il revisite le gospel de son enfance. Plus récemment il s'est intéressé aux musiques traditionnelles mongoles, latines et africaines. Tombé sous le charme des rythmes du Mali, il s'est embarqué dans un voyage avec le virtuose de la kora, Toumani Diabaté. Parmi ces rencontres fondamentales, celle avec le saxophoniste Steve Lacy est la plus marquante. Depuis School Days, leur album historique aux côtés d'Henry Grimes et Dennis Charles, enregistré en 1962 où ils jouaient les compositions de Monk, jusqu’à leur quartet free bop de la fin des années 90, le couple mythique a vécu 40 années d'amitié et de complicité remarquable.

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