Henri Demarquette et Vanessa Benelli Mosell "Echoes"

- Decca
Album classique du mois
Echoes

La pianiste et le violoncelliste font dialoguer le temps d'un disque Rachmaninov et Philip Glass autour de plusieurs œuvres majeures des deux compositeurs.

Au centre de ce programme ECHOES entre Philip Glass et Rachmaninov : la sonate pour piano et violoncelle Opus 19. Composée en 1901, c’est l’oeuvre d’un jeune homme (Rachmaninov a 28 ans) pourtant déjà marqué par les épreuves. Après l’interdiction de son mariage par l'Église orthodoxe, Rachmaninov assiste impuissant au naufrage de sa première symphonie (exécutée le soir de sa création par un chef probablement ivre). Le musicien souffre d’« apathie paralysante », il ne reviendra jamais sur cette partition et son état s'aggrave après une rencontre plus que décevante avec Leon Tolstoï, écrivain qu’il vénère.

Cheval de bataille de cette sonate en forme de poème symphonique, un deuxième mouvement allegro scherzando au caractère tourmenté, plein de bourrasques suivies de grands élans romantiques. L’oeuvre est dédiée au violoncelliste Anatoli Brandoukov. Proche de Tchaïkovski et de Tourgueniev c’est lui qui aide le jeune Rachmaninov à monter ses premiers concerts à Paris. Ils créent l’oeuvre à Moscou la même année, le compositeur au piano. Brandukov sera le témoin de Rachmaninov à son mariage l’année suivante, le 29 avril 1902.

Pour dialoguer avec cette sonate pour violoncelle et piano, plusieurs pièces majeures de Glass, tirées des Glassworks ou de la bande originale de The Hours (The Poet Acts), littérature encore puisqu’il s’agissait là de Virginia Woolf. Si la célèbre première pièce des Glassworks (Opening) fait l’objet d’une transcription pour violoncelle et piano, signée Bruno Fontaine, pour Tissue #7, l’adaptation est plus discrète. Dans la partition originale Glass prévoyait trois instruments. Ici Vanessa Benelli Mosell choisit un piano préparé (objets métalliques et plastiques placés sur les cordes) pour assurer les percussions. Et le jeu d’échos de fonctionner pleinement. Henri Demarquette se dit surpris de voir à quel point les pièces outre-Atlantique de Rachmaninov entrent en communion avec l’Amérique. « Si on est loin de Barber, il y a parfois quelque chose de Bernstein ou même Gershwin. Enfin, je pense aussi qu’on peut signaler les origines juives-lituaniennes de Glass par sa grand-mère Ida, émigrée en Amérique. Somme toute, Glass n’est-il pas le fils que Rachmaninov aurait pu avoir? »

Spéculation de musicien à musicien. Et le violoncelliste comment s’est-il laissé gagner par la jeune interprète ? Henri Demarquette se souvient avoir connu Vanessa Benelli Mosell très jeune à l’académie de piano d’Imola : « Elle avait 14 ans et nous avons joué la sonate de Debussy ; sa personnalité, sa sonorité m’ont tout de suite paru ceux d’un talent plein d’avenir. Ce qui s’est confirmé avec son premier disque qui comprenait plusieurs Klavierstücke de Karlheinz Stockhausen ».

Pour un projet réunissant violoncelle et ensemble vocal, Henri Demarquette avait imaginé une haplologie éclairante : Vocello. Pas de mot-valise ici, mais un « jeu d’Echoes » qui restitue à la fois le projet musical et l’entente de chacun des deux interprètes.

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