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Poppy Ajudha : « Le jazz est entré en harmonie avec moi »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Poppy Ajudha au Théâtre de la Mer sétois le 03 juillet 2019 | G.Chantepie / RF
Poppy Ajudha au Théâtre de la Mer sétois le 03 juillet 2019 | G.Chantepie / RF

Rencontre à Sète avec la jeune espoir londonienne, programmée cette année par Gilles Peterson au Worldwide Festival.

Elle n’a que 24 ans et brille pourtant déjà de mille feux. Mercredi soir à Sète, le Théâtre de la Mer semblait taillé sur mesure pour accueillir Poppy Ajudha, cette jeune chanteuse qui perce elle aussi dans le bouillonnement qui agite encore et toujours la scène jazz londonienne. Entourée de ses trois musiciens et alors qu'elle prépare un premier album pour l'année prochaine, cette promesse du jazz et de la soul a conquis un public sous le charme de sa voix magnétique et de ses compositions mêlant grâce et engagement.

Vous êtes encore une très jeune chanteuse… Comment êtes-vous venue à la musique ces dernières années ?

J’écoutais déjà beaucoup de musique plus jeune. Mon père tenait une discothèque donc j’étais toujours entourée par tout ça dès mon enfance. Adolescente, je me suis tournée vers les chanteuses célèbres, j’étais vraiment fan d’artistes comme Erykah Badu ou Lauryn Hill. Mais aussi des voix masculines comme Al Green par exemple. Je crois me souvenir avoir toujours voulu chanter, dès mon plus jeune âge. Et c’est à l’université que j’ai découvert le jazz, grâce à des amis étudiants. Contrairement à d’autres, je n’ai pas fait d’école de jazz ou de musique, mais j’ai rencontré beaucoup de musiciens du Conservatoire. Et ça m’a tout de suite intéressée, j’ai beaucoup appris dans des jam sessions et d’autres rencontres à Londres. Et je suppose que le jazz est entré en harmonie avec moi à ce moment-.

Ce n’était pas vraiment un choix spécifique de me tourner vers le jazz et la soul, même si j’ai toujours été intéressée par la construction du free-jazz. La soul correspond assez naturellement au timbre de ma voix et c’est vrai que j’ai grandi en écoutant beaucoup de soul-music, notamment les disques de la Motown.

Vos chansons abordent à la fois des expériences personnelles et de réelles questions de société, comme la place des femmes, la couleur de la peau… Comment déterminez-vous les thèmes de vos morceaux ?

Je crois que je chante des choses qui m’affectent personnellement, des choses dont je pense qu’il est important de parler. Ces problèmes affectent mes convictions politiques, en tant que personne de couleur notamment. Peut-être cela peut-il aider aussi d’autres femmes touchées par le sexisme d’entendre l’une d’entre elles le chanter ainsi. Et je sais que beaucoup de filles qui écoutent mes chansons sont touchées par ça également. Lorsque j’ai commencé, je ne me rendais pas compte de l’aide que ça pouvait apporter, c’était plus quelque chose de personnel. Maintenant, j’ai compris la puissance que pouvait offrir une chanson avec un message fort.

Un groupe de trois musiciens vous accompagne ce soir sur scène, pouvez-vous les présenter ?

À la batterie, Jake Long qui est un musicien formidable. Il a super groupe qui s’appelle Maisha et c’est le premier musicien avec qui j’ai vraiment commencé à jouer. Rudi Creswick tient la basse, c’est aussi un crack et il a travaillé avec Tom Misch et Loyle Carner notamment. Enfin, Jack Stephenson-Oliver qui lui aussi est un musicien incroyable (rires) et qui a son propre groupe en trio. Ils travaillent tous les trois dans le monde du jazz mais aussi bien au-delà.

Vous avez prêté votre voix à un joli titre du dernier album de Tom Misch… Comment avez-vous rencontré ce producteur et comment est née cette collaboration ?

Je connais Tom depuis longtemps, depuis l’école en fait. Il faisait déjà de la musique alors, mais c’est plus tard qu’on a vraiment travaillé ensemble lorsqu’il a fait un remix de David’s Song, un titre de mon premier EP. Et c’est alors qu’il m’a demandé de chanter sur le titre Disco Yes, oui. Et c’est vrai que ça a été un grand succès !

On parle beaucoup ces derniers mois de la nouvelle scène jazz londonienne avec des figures comme Shabaka Hutching, Ezra Collective, Kokoroko et bien d’autres… Quel regard portez-vous sur tous ces musiciens, qui appartiennent à la même génération que vous ?

Ils sont incroyables oui, et ce sont tous mes amis ! C’est génial de les voir prendre cette place tous ensemble aujourd’hui. J’étais au festival de Glastonbury la semaine dernière et ils étaient tous là, c’était un moment magique. Certains trouvent ça encore surprenant que tous ces artistes percent en même temps, mais il faut bien comprendre que nous avons tous le même âge et que nous venons du même quartier de Londres, ce qui nous a amenés à jouer ensemble depuis déjà assez longtemps. On a tous appris les uns des autres, sur scène et ailleurs, et c’est pour cela que la reconnaissance arrive en même temps.

Gilles Peterson est l’un des vrais parrains de cette nouvelle scène jazz, notamment avec son label Brownswood… Comment l’avez-vous rencontré ?

Je ne me souviens plus la première fois que j’ai rencontré Gilles, mais c’était il y a déjà assez longtemps. Il venait de jouer mes premiers morceaux dans son émission Worldwide sur BBC6 Radio. C’est un vrai passionné de musique, de toutes les musiques et ça c’est vraiment quelque chose de précieux. Quant à ce festival, c’est vraiment génial et j’essaie de venir assez souvent car l’ambiance y est unique, avec une grande proximité avec le public.

Il a tweeté un jour que vous devriez être Premiere ministre du Royaume-Uni, êtes-vous candidate ?

Oui, il est venu un jour à un de mes concerts et il tweeté ça, sûrement parce mes chansons sont assez politisées ! Peut-être que je devrais candidater, oui (rires).

"Patience", dernier EP en date de Poppy Ajudha, est disponible sur toutes les plateformes de streaming.