Nickodemus : "Nous devons faire entendre nos voix"

Le 22 mai 2018 par
Nickodemus : "Nous devons faire entendre nos voix"
Nickodemus dans son studio à New York en 2018 | BJWW

Rencontre avec le globe-trotteur new-yorkais qui sort ce mois-ci un nouvel album de groove sans frontière.

DJ, producteur, patron de label… Nico Simone alias Nickodemus cumule nombre de casquettes qui l'ont érigé, au fil du temps, comme l’un des apôtres les plus en vue du groove tropical new-yorkais. New-York où il a vu le jour il y a 38 ans dans le Queens, New-York encore où il vient de célébrer ce weekend deux décennies de Turntables on The Hudson, véritable institution en terme de soirées à Big Apple. A l’occasion de la sortie de son nouvel album A Long Engagement, rencontre avec cet esprit libre qui ne cesse d'arpenter le monde à la recherche du "perfect beat".

Quel est donc ce Long Engagement que vous avez pris pour titre de votre nouvel album ?

J’ai hésité entre deux titres : "All Over the Place" and "A Long Engagement." J'étais en tournée dans le monde entier depuis des années, et c'est pourquoi il m'a fallu si longtemps pour achever ce quatrième album. Oui, mon engagement dans la musique est très long, depuis que je suis enfant en fait, et c’est plus ou moins la raison pour laquelle j’ai souhaité montrer toutes les racines et la diversité de la musique que je joue, et que je compose.

Il y a de nombreuses voix invitées sur ce nouveau disque, comment avez-vous choisi les artistes avec lesquels vous avez collaborés ?

Certains sont des habitués, comme The Real Live Show, The Spy from Cairo, Brian J (Pimps of Joytime), et Carol C qui était la voix de nos classiques de 1999 Cleopatra in New York et Mariposa. Jahdan Blakkamoore, qui a travaillé avec tout le monde, de Snoop Lion à Major Lazer, et Fémina, un trio vocal de Buenos Aires sont venus nous prêter main forte. Je cherchais depuis plus de 6 mois la bonne voix et la bonne vibe pour ces deux dernières chansons, et je suis vraiment heureux d’avoir pu finalement travailler avec ces gens formidables.

La chanteuse soudanaise Alsarah offre sa voix à un titre du disque, c'est une artiste que vous avez révélée il y a 5 ans et qui a beaucoup progressé depuis...

J’adore travailler avec Alsarah en studio. Elle s’est rapidement inspirée de ce titre et l'a écrit dans la foulée. Ensuite, elle s’est plongée plus encore dans les textes et est revenue pour les prises finales. C’est une vraie pro et elle a vraiment pris son envol avec son groupe Alsarah et les Nubatones. Entre nos tournées respectives, je suis stupéfait de ce que nous avons pu faire ensemble sur ce disque.

La chanteuse de La Yegros est également invitée sur ce disque, comment s'est nouée votre collaboration avec elle ?

Mariana de La Yegros est très créative et a tout de suite su utiliser ma piste de flûte Gaita avec le titre Caballito de Mar sur lequel elle travaillait, ce qui a abouti à une belle histoire. J’aimerais vraiment travailler davantage avec elle dans le futur car nous nous entendons vraiment bien, ce qui est très important pour moi.

Vous avez commencé par le Djing avant de vous lancer dans la production de disques. Comment ces deux activités s'équilibrent-elles aujourd'hui ?

Le Djing m’a clairement mené à la production dès mon plus jeune âge. C’était un vrai mystère pour moi de saisir comment les chansons étaient fabriquées. J’avais plein d’idées pour mes premiers titres, mais aucune idée de la façon de les produire. A partir du moment où j’ai rencontré des gens qui faisaient de la musique avec des samplers et des enregistreurs 8 pistes, je suis devenu accro et j’ai commencé à faire mes propres chansons, comme des cadeaux que j’offre aux gens lors des soirées.

Considérez-vous qu'il est plus facile de composer, de produire de la musique aujourd'hui qu'hier ?

Oui, clairement. J’en avais vraiment assez de réaliser mes arrangements avec une MPC-2000 ou un ASR-10. Ca prenait tant de temps et si vous changiez d’avis plus tard, vous deviez presque tout recommencer à zéro. Je change d’avis toutes les cinq secondes, alors vous pouvez imaginer comme c’était frustrant pour moi. Parfois, j’abandonnais ou j’en avais assez ce qui m’a laissé beaucoup de beats inachevés de cette époque. J’ai utilisé un de ceux-là pour le titre Mystic Molay, je l’ai sorti de ma MPC et je l’ai mixé dans Logic (nda : un logiciel de production audio) avec la voix d’Innov Gwana et son Guembri. Là, j’ai pu changer d’avis 100 fois sur le beat, les arrangements et le mixage jusqu’à obtenir ce que je voulais.

Vous fêtez les 20 ans cette année de vos soirées "Turntables on the Hudson". Quel regard portez vous sur cette aventure musicale aujourd'hui ?

C’est vraiment incroyable, nous venons juste de fêter ce weekend les 20 ans de TOTH à New-York. Ce fut comme un festival de sourires et d’amour avec plus de 30 DJs et musiciens invités. Le meilleur moment fut de revoir tous ces gens qui se sont rencontrés il y a 10 ans dans nos soirées, et qui revenaient à la fête ce dimanche après-midi avec leurs enfants. C’était vraiment un sentiment formidable.

Vous avez d'ailleurs grandi dans le New-York des années 80-90, quelles sont les principales influences musicales que vous gardez de cette période ?

Le hip hop, le dance-hall, le reggae, la soul et la deep-house ont été mes principales influences. Ma collection de disques reflète vraiment les années 90 et je pense que tous ces albums m’ont vraiment inspiré lorsque j’étais cet adolescent qui dévorait la musique à la radio et dans les clubs. Ce sont des disques qui font aujourd'hui partie de la culture musicale, comme celles du graffiti, du break-dancing, des clubs et des raves.

Dans l'Amérique de Donald Trump, votre ville a t-elle selon vous un rôle particulier à jouer aujourd'hui sur le plan musical et culturel ?

Pour moi, il est toujours très important d’être un reflet de son temps et oui, maintenant plus que jamais, nous ne devons pas mâcher nos mots et avons le devoir de faire entendre nos voix. La musique et les arts sont encore un outil majeur, qui doit être utilisé dès que nous le pouvons. Le remix de Funk That que nous avons composé avec The Illustrious Blacks après l'élection nous a semblé être la meilleure chose à faire lorsque ce psychopathe est entré en fonction. Nous voulions faire savoir au monde ce que nous pensions de tout ça.

"A Long Engagement", le nouvel album de Nickodemus, sort le 25 mai sur le label Wonderwheel (et s'écoute en intégralité par ici.)

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