Les synthés rutilants de Chrome Sparks

Le 11 avril 2018 par
Les synthés rutilants de Chrome Sparks
Jeremy Malvin, ses claviers Moog, et l'au-delà | Tonje Thilesen

Le producteur de Brooklyn dévoile ce vendredi un premier album d’electronique conquérante.

C’est désormais presque une routine dans les musiques électroniques. Plutôt que d’être le révélateur, l’étincelle découvreuse d’un artiste ou d’un groupe, le premier album a pris pour beaucoup, ces dernières années, le visage de la confirmation, pouvant aller de la simple synthèse polie jusqu’à la consécration acclamée . Au temps des remixes et des simples tout-puissants, cette chronologie à rebours des vieux canons discographiques devrait également s’avérer gagnante pour le New-yorkais Chrome Sparks.

Avec son blaze en forme de marque de polish vintage, Jeremy Malvin peut en effet aborder 2018 avec la confiance de ceux dont la légitimité ne date pas d’hier. Car le temps a passé depuis ses débuts électroniques en 2012 et la mise en ligne sur la plateforme Bandcamp de Marijuana, hit stupéfiant infusé au funk d’Idris Muhammad et dont le compteur Youtube dépasse aujourd’hui les 4 millions de vues. 6 ans plus tard, son premier album (éponyme) sonnerait ainsi presque aujourd’hui comme un regard dans le rétro, une somme élégante des différentes explorations synthétiques menées par l’Américain depuis lors.

Et pourtant, on ne gâche pas son plaisir à dérouler ce premier long-format publié pour le printemps sur Counter Records. Avec Chrome Sparks, la filiale électro du label anglais Ninja Tune peut se targuer d’accueillir dans ses rangs déjà prestigieux l’une des valeurs sûres de l’année 2018. Car pour ce fondu de synthétiseurs Moog formé chez les Australiens de Future Classic (Flume, Chet Faker), cet album est aussi une occasion remarquable de compiler une ambition musicale qui confine au grand écart permanent. Malvin est un vrai musicien, qui a tenu les baguettes de Stepdad, Rich Aucoin et d'autres avant d'embrasser la multitude sonore des machines. Et c'est parce qu'il refuse de choisir entre l'immensité des textures et l'obsession addictive du beat que sa musique, au final, détonne.

A l'image de cette Rocket introductive dont la distorsion cinétique, lointaine héritière des guitares promises par le titre du morceau, plante le décor quasi spatial du disque. Un espace coloré et luisant, tintant même où les aigus sont souvent préférés aux basses comme sur ce What's It Gonna Take piqué de dance-music et où s'invite la jeune chanteuse Angelica Bess. Une voix que l'on retrouve plus tard plus feutrée, presque fusionnée sur All or Nothing, perle aérienne qui hybride dream-pop et electronica dans une fusion rythmique évoquant autant l'Anglais Bibio que le duo Classixx.

Est-ce sa formation de batteur qui confère à Chrome Sparks cette envie du « perfect beat », si chère au duo Coldcut ? Ou bien plutôt une production hyper millimétrée qui laisserait  parfois même trop peu de place au hasard ? Fan de contrôleurs, d'oscilloscopes et autres engins de laboratoires sonores, ce proche de Machinedrum se serait enfermé dans son appartement de Brooklyn des mois durant pour composer ce disque mélodique. Bien loin des ambiances dancefloor euphoriques, dans lesquelles ses prestations live plus expérimentales ont coutume de plonger les clubs qui l'accueillent désormais dans le monde entier.

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