Le piano frissonnant d’Hania Rani

Le 12 avril 2019 par
Le piano frissonnant d’Hania Rani
Hania Rani | Nat Kontrakiewi

La jeune compositrice polonaise dévoile un premier album solo pétri d’émotion.

Berlin, Varsovie, Reykjavik. C’est peu dire que le premier album d’Hania Rani emprunte dans sa genèse même les couleurs froides du nord de l’Europe. Enregistré en partie dans chacune de ces trois villes, Esja porte ainsi le nom d’un massif volcanique qui domine la capitale islandaise. Cette inspiration septentrionale parcourt, avec mille nuances, la dizaine de titres du premier effort en piano solo de la jeune compositrice polonaise.

Nourrie très tôt d’influences allant du jazz aux musiques électroniques, Hania Rani aurait pu choisir une voie moins minimale pour ce premier opus sous son nom propre. Il semble ainsi flotter quelque chose de très personnel dans ce Esja, une sorte de rencontre presque inopinée entre l’artiste et l’instrument à cordes qui débouche aujourd’hui sur un disque pétri d’émotion.

L’apport d’esthétiques extérieures reste d’ailleurs modeste ici, au point qu’il n’est pas décisif pour rattacher cette musique à l’école néo-classique contemporaine. Seul le son des marteaux, pédales et clés conservé lors de l’enregistrement vient enrober tel un fil d’Ariane boisé le piano de la Polonaise, offrant à ses créations une proximité organique qui fait mouche.

L’influence des grands noms du genre n’est pourtant pas absente d’Esja. Mais elle s’apprécie d’abord à l’aune de la composition, où liberté et sensibilité se trouvent régulièrement en révolution. A l’image de cet Eden introductif, dont la sensualité grave évoque parfois celle de l’Anglais Max Richter. Ou encore le plus explicite Glass, un titre en forme de prisme dont jaillissent mille longueurs d’ondes, mais auquel son rythme répétitif appelle aussi des effluves lointaines du grand maître minimaliste.

A l’instar des productions récentes de Ludovico Einaudi, Hania Rani revendique l’influence des éléments naturels dans son travail de composition. De son passage dans les montagnes de Reykjavik et de Bieszczady en Pologne, la pianiste a conservé quelques enregistrements de terrain qu’elle a d’ailleurs intégré à l’intimiste Luka, unique titre de l’album à bénéficier d’éléments exogènes au studio. Empreint d’une mélancolie lente mais apaisée, Today It Came se découvre quant à lui comme un crépuscule bleuté, répondant aux rayons graves de Sun, un soleil hivernal auquel mille craquements permettent de briser la glace.

Hania Rani a démarré une tournée printanière qui l’amènera à dévoiler son Esja sur nombre de scènes européennes, jusqu’à être programmée au Centquatre le mois prochain. L'instinct de la pianiste à produire d’ingénieuses figures répétitives n'aura ainsi pas non plus échappé aux programmateurs de la salle parisienne. Une adresse qui lui ouvre aujourd'hui un boulevard pour décliner son talent dans d'autres répertoires, notamment électroniques. L'avenir n'attend pas.

En concert : le 04 mai au CENTQUATRE (Paris)

Hania Rani "Esja", publié le 05 avril sur le label Gondwana Records.

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