La longue marche de Max Richter

Le 25 juin 2018 par

15 ans après sa sortie, le compositeur anglais offre une fresque bouleversante à son classique "On the Nature of Daylight".

Marcher, comme un réflexe. Marcher lorsque la boule, dans la gorge, devient trop grosse au point d’étouffer. Marcher pour contenir ses larmes avant qu’elles ne jaillissent d’elles-mêmes.

Max Richter avait 38 ans lorsqu’il publia en 2004 ses Blue Notebooks. Des variations vertigineuses qui confirmèrent, en guise de second album, tous les espoirs placés chez l’auteur prometteur de Memoryhouse. Sacré depuis comme l’un des maitres de l’école néo-classique contemporaine, trait d’union générationnel entre Brian Eno, John Cage et les plus jeunes Nils Frahm, Lucas d’Alberto ou Akira Kosemura, Richter opère aujourd’hui un flash-back surprise sur un de ses titres les plus emblématiques.

Pour célébrer les 15 ans de ce chef d'oeuvre, c’est au travers de l’inexprimable On The Nature of Daylight que le compositeur a choisi de jeter un regard dans le rétro, offrant par là-même à ce titre le vidéoclip qui lui manquait. Car On The Nature of Daylight n’est pas n’importe quel extrait des Blue Notebooks. Il est sûrement le plus connu du grand public, convoqué maintes fois par le grand écran pour ses vertus cinématographiques. Mais aussi l’un des morceaux les plus aigus de cet album, sinon le plus poignant.

Elisabeth Moss

Alors, après avoir laissé Denis Villeneuve et Martin Scorsese peindre leurs créations de ses ambiances lancinantes, Richter dévoile aujourd’hui sa propre illustration de ce hit à la tristesse infinie. Et c’est l’une de ses plus célèbres fans, l’actrice britannique Elisabeth Moss, qui a été retenue pour incarner au plus juste, dans le froid et dans le vent, la tension intraduisible du titre.

Tourné dans les rues de Toronto, le clip de On The Nature of Daylight est d’abord un secret dont on ne saura rien. Rupture ou pire encore, une nouvelle plonge la comédienne dans une stupeur de près de 7 minutes. 7 minutes à marcher donc, à l’aveugle et face caméra la plupart du temps, pour fixer le spectateur au millimètre de l’émotion. Un suspense froid où les lumières de la ville cèdent plus tard la place à un décor gris et aride dont la vie semble absente. Où mène donc cette longue marche ? Dans l’escalier d’une station de métro où finalement tout explose et se révèle, tristesse et rage noyées par le violon de Max Richter. Au milieu des marches, tout s'arrête enfin.

Blue Notebooks

"The Blue Notebooks - 15 Years Edition" est attendu le 29 juin chez Deutsche Grammophon.

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