Juana Molina : "J’aimerais que ma guitare flotte dans l'air"

Le 08 juillet 2018 par
Juana Molina : "J’aimerais que ma guitare flotte dans l'air"
Juana Molina le 06 juillet au Théâtre de la Mer à Sète | G.Chantepie

La mystérieuse chanteuse argentine livre ses impressions après avoir envoûté Sète vendredi soir au Théâtre de la Mer.

Lorsqu'on se retrouve face à Juana Molina, deux impressions surgissent de concert. Une classe magnétique d’abord, qui se dégage de cette chanteuse argentine née dans les années 60 et qui est bien loin de le laisser paraitre. Mais aussi une intelligence un peu barrée, et qui ne se découvre pas mieux que sur scène, lorsque cette laborantine du folk délivre en live le résultat de ses diverses expérimentations sonores.
 
Mentale, la musique de Juana Molina l’est assurément, jusqu'à devenir parfois hypnotique. Entre ses guitares et ses boucles électroniques, la chanteuse s’est pourtant entourée ces dernières années de deux musiciens qui étoffent ses concerts et les ouvrent d’autant plus au public. Dans l’enceinte aérienne du Théâtre de la Mer, l'ancienne star de la TV argentine devenue icône indie a livré vendredi soir au Worldwide Festival un concert où la magie a semblé tout à son aise.
 
Comment s'est passé votre concert ce soir Juana Molina ?
 
Et bien nous n’avons pas fait de balances mais ça a quand même bien pris, donc je suis très contente. Ces derniers temps en concert, ça ne dépend pas vraiment de l’endroit, ça dépend presque plus du public et de puis de nous. Je suis heureuse d’en être arrivée là car ça a mis des années et des années pour atteindre cet état d’esprit en live. Et puis les gens ici ont très bien reçu notre musique, et même si presque personne ne devait vraiment me connaitre, ils se sont mis à se lever petit à petit, à danser, donc je pense que c’était très bien.
 
Vous avez commencé par composer seule puis vous avez formé un groupe ces dernières années. Qu’est ce qui vous a poussé à rendre votre musique plus collective ?
 
J’avais une façon de composer qui était très progressive, avec des éléments qui s’ajoutaient petit à petit. On pouvait voir ainsi la forme des morceaux qui s’étoffaient au fur et à mesure. Un jour, j’en ai eu marre de cette forme de composition car j’avais l’impression que tous les titres avaient la même dynamique. Alors, pour Wed 21 (son avant-dernier abum N.d.A), je me suis rendue compte que j’avais besoin de quelqu’un d’autre pour changer cela et j’ai donc fait appel à Odín Schwartz (aux claviers) et à Diego López de Arcaute (batterie). Sans oublier notre ingénieur du son Eduardo Bergallo, qui est je pense le meilleur au monde.
 
Ce qui a changé aussi, c’est qu'avant, je ne pouvais pas jouer si le son n’était pas parfaitement comme je le voulais. J’avais peut-être un excès de vanité, ou de sérieux, je ne sais pas. C’est bien d’être perfectionniste, je le suis encore, mais il faut savoir s’adapter aux choses qui arrivent, qu’on n’attend pas. Etre capable de chercher ce qu’on peut faire avec ce qu’on a. C’est quelque chose que j’ai appris très récemment.   

Vous êtes souvent à la guitare sur scène, mais vous la posez aussi parfois pour danser, pour déambuler auprès de vos musiciens…

J'aimerais que ma guitare puisse flotter dans l'air, parce que j’ai vraiment l’impression d’être attachée à elle lorsque je joue. Je me suis débarrassée des claviers mais maintenant, ça me manque un peu, parce que la guitare, même lorsque je n’en joue pas, elle est toujours très, trop présente.

Et puis, lorsque j’ai commencé la musique, j’étais très très stricte avec les arrangements. Lors des derniers concerts, ça a complètement changé avec mes musiciens, je m’en fiche presque de ce qu’ils font désormais, car je veux qu’ils s’amusent, comme moi. Et parfois, il y a des choses inespérées qui arrivent. En cela, j’ai beaucoup changé oui.

Il y existe plusieurs définitions du terme Halo, le titre de votre dernier album... Quel est la vôtre Juana Molina ?
 
C’est une lumière douce, pas une lumière stridente qui fait mal aux yeux. C’est opaque et lumineux à la fois, mais sans être éblouissant. Lorsque je compose, j’essaie d’être absente, de laisser ma pensée en dehors de cela, sinon tout fout le camp, tout s’abîme, ça me marche pas, comme si on voyait les fils des marionnettes. Tout ce que je cherche, c’est d’arriver à cet état où je disparais.
 
Il y a en revanche beaucoup de sentiments mêlés dans votre musique, comment vos émotions influencent-elles vos compositions ?
 
C’est l’inverse de la pensée justement. Car lorsque je disparais, il y a une espèce de contact très fou que je ne peux pas expliquer entre mes mouvements et le son des instruments. C’est un peu comme si ils me guidaient ces instruments, comme si ils me disaient comment je dois les utiliser. C’est un super moment, j’adore quand cela arrive parce que lorsque j’écoute ensuite, c’est comme si j’étais une spectatrice de ma propre composition.

Sur plusieurs de vos titres, on entend votre voix mais pas de mots, pas de paroles. Hermeto Pascoal dit que le langage et le chant ne font qu’un, que la voix est musicale par nature. Partagez-vous ce point de vue ?
 
Absolument. Et lorsque je chante sur des morceaux, ils sonnent tous comme les morceaux sur lesquels je ne chante pas. Et justement, c’est très difficile de trouver les mots qui ne perturbent pas l’esprit d’un morceau. Je n’aime pas lorsque des paroles prennent le pas sur la musique. Ca empêche alors le morceau d’être une véritable entité, ça devient autre chose qui n’est pas magique. C’est pour ça aussi que ça me prend un temps fou d’écrire les textes car j’essaie d’avoir des paroles qui se fondent vraiment dans la mélodie du morceau.

"Halo", dernier album en date de Juana Molina, est sorti en 2017 sur le label bruxellois Crammed Discs.

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